La Forêt Nezer (Le Teich – Gironde), territoire de protection des Abeilles noires des Landes de Gascogne (Apis mellifera mellifera)
Zone de conservation des abeilles noires et zone refuge pour les colonies sauvages Apis mellifera
Les abeilles noires des Landes de Gascogne sont une variété régionale ancienne d’abeilles mellifères (Apis mellifera mellifera).
Les landes à bruyères, parsemées de bosquets de pins et de forêts de chênes, ont longtemps été un lieu de prédilection des abeilles.
Elles vivaient à la fois dans des ruches traditionnelles constituées de lattes de bois tressées, couvertes de bouses et de paille, appelées « bournac », mais également en colonies sauvages dans les grands arbres creux ou les vieilles pierres (cf. encart).

L’abeille noire des Landes de Gascogne est issue d’une adaptation spontanée et naturelle au territoire dans lequel elle vit. Les travaux conduits par le Conservatoire des Races d’Aquitaine (CRA) ont permis de montrer qu’il existait encore des petites populations de cet « écotype » local, à la fois dans des ruchers mais également à l’état sauvage.
Un programme d’étude et de conservation initié en 2018 a permis de retrouver et mettre en sécurité des origines génétiques rares d’abeilles noires locales. Pour les préserver durablement, le Conservatoire des Races d’Aquitaine crée d’une part des ruchers de conservation en partenariat avec des apiculteurs et d’autre part, des zones refuges pour développer les colonies sauvages.
Face à de multiples agressions, les abeilles noires sont aujourd’hui gravement menacées et subissent une forte hybridation du fait de l’introduction massive de variétés sélectionnées, destinées à la production apicole moderne. Quant aux colonies sauvages d’abeilles mellifères, elles ont quasiment disparu de nos espaces naturels et sont en grand danger, au même titre que leurs cousines, les abeilles solitaires.
Le massif de Nezer est constitué d’une lande plantée en pin au XVIIIème siècle.
Les plantations pour la culture du pin ont débuté dès le XVIIIème siècle sur les vastes landes au Sud du Bassin d’Arcachon. Le massif de Nezer est actuellement une exploitation forestière d’une surface de 3000 ha, propriété de la Caisse des Dépôts et géré par La Forestière. L’exploitation est majoritairement une sylviculture de pins maritimes mais elle conserve également de nombreux boisements de feuillus, pour certains anciens (chênes pédonculés, chênes liège, bouleaux) et d’autres plus récemment plantés dans le but de diversifier les peuplements. Les nombreuses lisières, les sous-bois et les espaces ouverts offrent une végétation et une flore variées. Par ailleurs, des mares et lagunes en eau sont préservées pour favoriser la biodiversité.
Le projet vise à préserver les abeilles noires et renforcer la biodiversité du site.
Ce projet a un double objectif : 1. accueillir des ruchers conservatoires pour préserver les dernières représentantes de la population d’abeilles des Landes de Gascogne et 2. offrir un refuge pour des colonies d’abeilles mellifères à l’état sauvage qui manquent de territoires pour leur survie.

Un site conservatoire pour préserver les abeilles noires locales
Le site a une vocation de préservation des abeilles noires des Landes de Gascogne dans le cadre du programme de sauvetage conduit par le Conservatoire de Races d’Aquitaine. Il s’agit de préserver une ressource génétique rare et diversifiée pour l’avenir. Depuis 2025, la forêt Nezer héberge deux ruchers de conservation qui font l’objet d’un suivi apicole et génétique, en lien avec l’autre centre de conservation des abeilles noires des Landes de Gascogne situé dans les Landes.
Un refuge pour les colonies d’abeilles noires à l’état sauvage
Cette action vise à offrir des points d’accueil pour les abeilles noires à l’état sauvage, dans un territoire où elles étaient nombreuses avant la généralisation de la culture du pin au XIXème siècle. La disparition des grands arbres vieillissants qui offraient des cavités naturelles ne permet plus de maintenir des colonies sauvages dans ce territoire.
L’objectif est de favoriser l’installation de colonies sauvages arboricoles en leur offrant des cavités adaptées à leurs besoins avec de vieux arbres creux ou des troncs façonnés comme des nichoirs à abeilles. En 2026, des nichoirs-troncs ont été répartis sur le site. Quatre d’entre eux ont accueilli un essaim naturel au printemps. Les abeilles vivent librement, sans intervention, et utilisent les ressources mellifères locales comme la bruyère, la bourdaine, la ronce, le chêne, le genet, le ciste et bien d’autres plantes et fleurs sauvages des landes et milieux associés.

Les acteurs du partenariat pour les abeilles noires :
La Caisse des Dépôts et Consignations est propriétaire de forêts pour le compte d’investisseurs publics et elle souhaite favoriser la biodiversité dans ses forêts.
La Forestière est une société du groupe Caisse des Dépôt spécialisée dans la gestion et la valorisation du patrimoine forestier.
Le Conservatoire des Races d’Aquitaine est un organisme à but non lucratif, d’intérêt général, qui assure la préservation des populations d’abeilles noires en Nouvelle-Aquitaine.

Le programme de sauvetage et de conservation des Abeilles noires des Landes de Gascogne est soutenu par le Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine, le Conseil Départemental de Gironde, le Conseil Départemental des Landes, et le mécénat de CEVA Santé Animale.

Domestiques ou sauvages : quel statut et protection pour les abeilles mellifères ?
Les abeilles mellifères (Apis mellifera) se caractérisent par leur mode de vie en colonies. Cette adaptation évolutive date de plusieurs millions d’années et leur permet de stocker du miel et du pollen pour faire vivre la colonie. Depuis des millénaires, les abeilles mellifères ont été utilisées par les humains qui ont collecté leur miel d’abord dans les cavités naturelles où elles vivaient (parois rocheuses, troncs d’arbre) puis dans les ruches où elles étaient hébergées. L’apiculture s’est donc développée sur des colonies d’abeilles qui bien que vivant dans des ruches, sont restées libres et sauvages dans leur évolution et leur mode de reproduction, notamment par l’essaimage naturel qui leur permet de s’installer aussi bien dans les cavités naturelles que dans les ruches des apiculteurs. Ainsi, depuis des millénaires, les abeilles mellifères, même si elles vivent à proximité des humains, sont libres de leur évolution et de leur reproduction.
Ce n’est que depuis quelques décennies que les techniques d’apiculture moderne tendent à maîtriser la reproduction pour créer des nouvelles variétés d’abeilles (insémination, blocage de l’essaimage naturel, sélection génétique, et hybridation). Ces nouvelles variétés issues de la sélection humaine peuvent être considérées comme des abeilles « domestiques ». Elles sont désormais largement diffusées et prennent la place des abeilles mellifères autochtones qui, fortement hybridées, finissent par disparaître.
En France, il existe dans plusieurs régions des conservatoires qui ont pour vocation de protéger et développer les abeilles noires mellifères et la diversité de leurs variétés locales. Animés par des associations et des apiculteurs, ils se sont regroupés au sein d’une structure : la Fédération européenne pour la Conservation de l’Abeille Noire.
Malheureusement, les colonies d’abeilles mellifères sauvages sont partout en voie de disparition et sont devenues très rares. Elles sont victimes, comme tous les insectes pollinisateurs, des agressions toxiques (pollutions, produits chimiques), des maladies et des prédateurs (varroa, frelon asiatique), elles subissent l’hybridation par les variétés d’abeilles sélectionnées, leurs habitats et les cavités naturelles se réduisent. Ces abeilles mellifères sauvages n’ont aucun statut de protection. Elles sont méconnues parce qu’elles sont confondues avec les abeilles domestiques qui vivent en rucher.
En 2025, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) a émis une alerte sur la situation des populations sauvages d’abeilles mellifères en Europe de l’Ouest en les inscrivant sur sa liste rouge des espèces menacées. Pourtant, elles sont d’une importance capitale pour la biodiversité et pour l’avenir des abeilles mellifères. Elle constitue une réserve de diversité génétique, de robustesse, d’adaptabilité et de résilience qui leur permet de vivre dans des conditions difficiles. Elles cohabitent avec les autres espèces d’abeilles sauvages (solitaires) parce qu’elles ne sont présentes qu’en faible densité et dans des territoires spécifiques, notamment en forêt.









































































































































































































































